Vérité ou mensonges , telle est la question...
Vérité ou hallucination , telle est la question...
L'histoire que je vais vous conter est vraie. Elle s'est passée dans les années 1850, dans le petit village de Saignelégier, situé aux Franches-Montagnes.
A cette époque je devais avoir onze ou douze ans. C'était pour moi la belle vie. Je n'allais pas souvent à l'école, je préférais jouer avec mes amis en plein air et je devais aussi aider mes parents.
L'été, je m'occupais avec plaisir des récoltes et de la moisson. Vous devez certainement connaître l'odeur sublime qui émane de la paille ou du foin lorsque l'on vient de faucher. Autrement, je me trouvais avec mes copains et nous nous amusions à cache-cache, nous courions sur les collines, nous nous baignions dans l'étang de la Gruère. Nous organisions aussi des pique-niques, ...
L'automne, jusqu'à l'évenement tragique qui survint, représentait pour ma part la plus belle saison. Je ne puis vous dire combien le déplacement des nuages est magnifique au moment où ils s'en vont en dansant à l'horizon. Ou encore le mouvement d'une farandole féerique de feuilles mortes s'élançant au gré des vents. Le brouillard était parfois dense, très persistant et pouvait durer plusieurs jours. Le ciel d'une couleur rosâtre annonçait l'hiver.
Avec mon père nous labourions mettions du fumier dans les champs. Sinon, avec mes compagnons, nous grimpions aux arbres, nous chantions des airs joyeux, nous ramassions aussi des marrons et nous nous les lancions entre nous.
Je pense que je dois vous révéler qui était "nous". C'était mes camarades : Albert, Bernard, George, Marcel et Pierre.
Pendant l'hiver, au moment où la terre était recouverte d'un joli manteau blanc, nous bâtissions de petites maisons ou nous creusions de petites cavernes avec la neige. Un de nos plaisirs était de faire des batailles de boules de neige, au crépuscule dans une brume légère. Le froid glacial nous pénétrait jusqu'aux os et la bise chuchotait des paroles incompréhensibles à nos oreilles. Il nous arrivait aussi de jouer dans la grange. Avec mon père, nous nous occupions simplement des bêtes.
Au printemps, la vie renaissait comme par miracle. A la fonte des neiges, lorqu'apparaissaient les premières fleurs, nous marchions vers l'ouest et là, nous regardions qui était le plus courageux, qui avait le plus d'audace afin de se jeter en premier dans le Doubs. C'était à chaque fois Marcel. Les jeux mis à part, il fallait bêcher et semer.
Vous voyez combien notre vie éetait belle et facile...
Mais revenons à la saison d'été, pendant un "été" qui bouleversa mon existence...
On nous avait dit de ne jamais enjamber ce mur.
Un jour pourtant...
L'été, quand nous nous baladions, nous passions parfois au bas d'une petit colline entre Saignelégier et les Chenevières. Sur ce petit mont, il y avait une enceinte formée de quatre murs, à l'intérieur de laquelle nous pouvions entrapercevoir depuis le bas, le toit d'une grande maison ainsi qu'une partie du haut. Je ne savais pas pourquoi, mais chaque fois que nous passions devant, j'avais peur.
Un jour nous sommes montés vers ce "mur"et nous l'avons longé. Nous avons fait les quatre côtés et n'avons rien vu, rien, pas d'entrée, pas de porte, pas de trou, il n'y avait rien sauf un écriteau. Sur cette plaque était gravé : "Malheur à celui qui franchit le mur". Nous sommes descendus et avons été assez rapidement au village de Cerlatez. Dans ce hameau, nous avons rencontré une personne d'un certain âge. Nous lui avons demandé si elle connaissait la maison sur la colline et si elle savait qui en était propriétaire. Je ne comprenais pas très bien ce qui avait pu arrivé, mais lorsque nous lui avons posé cette question, elle a sursauté, son visage s'est figé et elle nous a dit de ne plus jamais aller là-bas, qu'il ne fallait surtout pas passer la petite muraille, que des gens y étaient allés et n'en étaient jamais revenus.
On nous avait dit de ne jamais enjamber ce mur. Pourtant un certain jour de novembre alors qu'il faisait beau, nous y sommes allés.
Marcel et Pierre étaitent partis en éclaireurs. Au bout d'un moment, voyant qu'ils ne revenaient pas, nous avons décidé de partir à leur recherche. Nous étions un peu comme les "trois mousquetaires" d'Alexandre Dumas. Nous avons escaladé cette "enceinte" et nous nous sommes retrouvés dans un jardin. Bien que le ciel ait été clair, je sentais des gouttes tomber sur moi. Au milieu se dessait la bâtisse qui en fait était un manoir. Nous y sommes entrés. Devant nous s'ouvrait un grand hall. De magnifiques lustres en cristal pendaient du plafond. Il y avait des portes un peu partout. Là, nous nous sommes séparés en deux grouptes. Albert était avec George tandis que Bernard était avec moi. Nous avons visité quelques chambres au rez-de-chaussée et ensuite, nous sommes montés au premier. Nous longions un long corridor au bout duquel nous percevions un léger air de musique mélancolique, qui semblait venir du fond de la pièce. Le son venait de derrière l'une des portes. Je ne puis relater qu'avec effroi ce sentiment de panique qui me prit tout à coup au moment où je poussai cette "porte". La mélodie venait d'un piano, et cet instrument jouait tout seul comme par enchantement. Mais ce n'était pas ça qui me faisait peur, ce qui me terrifiait, c'était que George venait de se faire couper la tête par une hache. Le sang giclait rapidement. Ce qui me paraissait le plus étrange, à un instant, j'ai eu l'impression que les murs s'abreuvaient de ce liquide rouge. Suite à cette vision d'horreur, nous avons couru aussi vite que nous avons pu. Nous nous sommes retrouvés dans la cuisine. C'était une pièce gigantesque. Tout autour de nous il y avait des ustensiles, des casseroles, des couverts et des couteaux. Dès que j'ai tourné les talons et étais dans le vestibule, j'ai entendu des cris épouvantables. Alors je me suis retourné et j'ai aperçu Albert et Bernard qui avaient une dizaine de lames enfoncées dans leur corps, les transperçant de part en part. J'ai voulu leur porter secours, mais au moment où j'ai passé le seuil, un poignard me coupa violement le poignet, des braises brûlèrent tout mon être et il m'arriva bien d'autres souffrances. J'ai fui cette maison le plus vite possible comme un lâche certes, mais au moins je suis en vie aujourd'hui.Je suis arrivé très vite à Cerlatez. J'ai frappé à la porte de la première maison que j'ai vue et j'ai raconté, aux personnes y vivaient, tout ce qui s'était passé, tout ce que j'avais pu voir. Ils m'ont fait des cataplasmes, m'ont mis des bandages et nous sommes retournés près de la colline.
Depuis, je ne sais plus très bien où j'en suis, mais ce que je puis dire c'est que dès lors, les autorités m'ont enlevé à mes parents et m'ont envoyé au bagne.
Je ne sais toujours pas comment j'ai fait pour m'échapper, ni ce que sont devenus Marcel et Pierre, peut-être sont-ils en vie, peut-être sont-ils morts. Si j'ai survécu, peut-être était-ce parce que je devais rendre témoignage de ce que j'avais vécu ou était-ce tout simplement "Dieu" qui me sauva de cette terrible épreuve qui coûta la vie à mes amis? Depuis, les gens me prennent pour un fou, ils croient que je les ai tués, cela fait cinq ans déjà que je suis enfermé à Bellelay.
Maintenant, c'est à vous mon ami de croire ou de ne pas croire ce que je viens de vous raconter, mais regardez mes bras ainsi que toutes les cicatrices que j'ai sur le corps.
Braiced